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samedi 4 août 2012

Découvertes à Granville

A l'occasion d'une semaine photographique dont je vous reparlerai (avant le mois prochain, c'est promis...) mes pas m'avaient menée en Normandie, région que j'apprécie entre toutes, pour sa simplicité, son coté campagne à la mer... et son climat qui m'est particulièrement bienveillant ! C'était une opportunité rêvée pour rencontrer à nouveau,  "chemin faisant", Enitram dont j'avais fait la connaissance l'été dernier lors d'une visite aux Jardins du pays d'Auge .


Lorsque nous nous sommes retrouvées devant le château de Balleroy, Martine l'a dit très justement, c'est comme si nous nous étions quittées la veille ! Nous avons donc commencé nos balades par un jardin magnifique, dans un autre esprit que celui de l'an dernier, mais tout aussi apaisant, celui de Castillon, qu'Enitram vous a présenté chez elle Comme je venais de passer une petite semaine un reflex entre les mains, j'ai voulu me "sevrer" l'espace de quelques heures, et j'ai donc laissé mon appareil photo dans la voiture. Vous dire que je ne l'ai pas regretté serait mentir ! Petit détour par l'Abbaye de Cerisy et le domaine de Martine, avec une "private joke" que je vous laisse trouver...



C'est sous le beau soleil du petit matin que nous sommes parties pour Granville, que je ne connais pas, mais dont je rêve depuis longtemps de voir le musée Dior. Je suis avec le guide idéal pour faire toutes ces découvertes, et nous commençons par... un jardin ;-) Quelques habitués profitent, comme nous, de cet espace coloré et paisible, généreusement ouvert au public ; nous y croisons des grands-parents avec leurs petits-enfants aussi bien que des artistes.



Dans l'une des étendues d'eau de ce jardin, un souvenir de rencontre... Martine avait choisi l'étang de Castillon, j'ai choisi une bulle du jardin de Dior :-) Et comme Martine vous l'a dit, je n'ai toujours pas trouvé les grenouilles !


A l'intérieur de la villa Les Rhumbs, maison d'enfance de Christian Dior, une superbe exposition "Stars en Dior"  qui met magnifiquement en scène les tenues portées par Lauren, Rita, Marlène, Audrey... jusqu'à Laetitia, Marion ou Charlize... Occasion nous est donnée de revoir aussi ces icônes dans des extraits de  films.


Petit retour au fond du jardin, pour profiter cette fois de la vue sur la mer.... à l'infini c'est-à-dire jusqu'aux Iles Chausey.... Pour une prochaine visite, sans nul doute !



Ensuite, repas bien mérité à La Courtine, charmante crêperie qui nous a été recommandée par les jeunes hôtesses du musée Dior, et que nous n'hésitons pas à recommander à notre tour, pour la galette aux Saint Jacques et à la fondue de poireaux, pour les crêpes de toutes sortes proposées dans un élégant décor.


Le temps est venu ensuite de rejoindre le Musée Anacréon, dans la ville haute, où se tient l'exposition "Colette - Je vais écrire encore. Il n'y a pas d'autre sort pour moi". Un titre pour une ligne de vie. Cette exposition avait déjà eu lieu l'an dernier à Auxerre, où je n'avais pas pu me rendre. C'était donc pour moi une triple joie pour une triple raison d'aller à Granville : Colette, Dior et Martine ;-)) !



Si l'on comprend bien le lien qui unit Auxerre à Colette la Bourguignonne, on sait moins ce qui pourrait la rattacher à Granville. C'est le décor de l'exposition qui nous donne la solution : Richard Anacréon, granvillois fantasque, collectionneur et non conformiste,   possède à Paris une librairie "L'Originale". Il y fait la connaissance de Colette dans les années 30, et une amitié naît, qui lie ces deux êtres complexes. Elle encouragera ses élans bibliophiliques, en lui offrant nombre d'ouvrages, d'originaux, de manuscrits (en échange probable d'un ravitaillement plus substantiel, en période de guerre ou d'occupation, comme d'autres écrivains ou artistes Léautaud, Cocteau, Derain...). Le collectionneur en lui fit le reste et il se trouva dans les années 80 à la tête de l'une des plus grandes collections d'ouvrages et de documents originaux, dont un bon nombre concernant Colette. Il en fit don à cette époque à sa ville natale, Granville. Et ce sont ces trésors, comme la presque totalité des éditions originales des oeuvres de Colette, qui sont exposés là, entourés d'autres oeuvres prêtées par la bibliothèque d'Auxerre et d'autres collectionneurs.

C'est vrai, c'est une exposition où il y a beaucoup à lire, et où il est facile de se perdre, pour qui ne connait pas bien Colette. Mais la richesse des documents présentés est époustouflante.  On y retrouve la Colette très entourée, d'écrivains, de peintres, d'artistes... Ce monde de l'art et du théâtre qu'elle a fréquenté très tôt et auquel elle s'est toujours sentie liée. Ci-dessous, à côté d'elle, Cocteau, en face d'elle à sa gauche, Kessel. Devant elle, Jean Marais. Et le regard admiratif de celui-ci me semble bien dirigé vers ELLE, et non pas vers Cocteau comme on pourrait s'y attendre.



Les témoignages d'affection et d'admiration ne manquent pas, Proust,  Cocteau encore, Aragon... Elle croque elle-même son profil   "Peindre... ? Voilà !" Et que l'amoureux des chats qui n'a pas, comme elle, appliqué l'empreinte d'une patte sur sa correspondance lui jette la première griffe ;-)


Colette a beaucoup écrit pour les journaux, quels qu'ils soient... Certains de ses articles, comme ci-dessous ses critiques théâtrales , seront repris sous forme d'ouvrages (La jumelle noire). Le numéro 100 de Marie Claire fut entièrement confié à Colette... les temps ont bien changé ! A sa mort, Aragon publia un très beau texte dans Les Lettres Françaises, tant d'autres encore...



Quelques-uns de ces ouvrages exceptionnels, reliures d'artistes et manuscrits de Colette. L'exposition a lieu jusqu'au 23 septembre. Si vous avez envie de découvrir l'oeuvre autant que l'écrivain, de voir, à travers le film de Yannick Bellon, Colette cabotine et séductrice... filez à Granville...



... mais vous pouvez aussi y voler :-)) ! Pour ma part, sur le parvis du musée, j'ai photographié tout ce qui passait à portée d'objectif !



Vous l'aurez compris, ce fut un séjour amical chaleureux, enthousiasmant. De ceux qui permettent d'engranger les souvenirs et les ondes positives. Un grand merci Martine.

Ma photo de la semaine sera celle de "la bulle", pour entrer dans  la ronde d'Amartia.



lundi 25 juin 2012

Autoportrait chez Colette

Pour me faire pardonner ma longue absence, il me fallait trouver une photo extraordinaire, d'autant que je veux la faire figurer dans la ronde d'Amartia...(ronde que je n'ose plus appeler, pour ce qui me concerne "photo de la semaine" ;-))

Cette vue, si elle est loin d'être exemplaire d'un point de vue photographique, est exceptionnelle pour moi... comme elle le serait je pense pour tout amoureux de l'oeuvre de Colette.


Ce week-end avait lieu à Saint-Sauveur en Puisaye l'assemblée générale de la Société des Amis de Colette dont je fais partie, ce que vous ne pouvez ignorer si vous lisez ce blog ! Vous l'aviez lu ici la maison natale de Colette, qui est un personnage à part entière de son oeuvre, a été rachetée par la Société des Amis de Colette, et nous avons eu le privilège de nous y promener à loisir. Dans la pièce du premier étage qui fut la chambre de Juliette (soeur aînée de Colette) avant d'être la sienne, j'ai vu mon reflet dans la fenêtre donnant sur la rue. Et j'ai trouvé que c'était un clin d'oeil sympathique. La pièce que l'on aperçoit au fond était la bibliothèque du Capitaine (le père de Colette), là même où Colette découvrit la littérature.

D'emblée, en arrivant devant la maison, on sait que quelque chose a changé : les fenêtres sont ouvertes, enfin !



Bien sûr, cette maison a souffert, elle a connu plusieurs propriétaires, l'outrage du temps... et bien des travaux sont à prévoir. Mais pénétrer dans cette maison, avant même ces travaux (et comme vous pourrez le constater, avant tout le monde puisque j'ai réussi à y être presque seule !) était très émouvant. Certaines pièces (dont la première chambre de Colette, au-dessus du porche) ne sont pas encore accessibles car en trop mauvais état. Dans les autres, on peut rêver un moment...


Le rez-de-chaussée de la maison sera reconstitué, autant que faire se peut, comme il devait l'être à l'époque de Colette. Plusieurs passionnés épluchent les écrits de Colette pour y débusquer les moindres indications de couleurs, de meubles, de décoration,  y compris pour le jardin, qui lui aussi sera réaménagé comme du temps de Sido.

A l'étage, prendra place le "Centre d'Etude Colette" qui est partiellement hébergé actuellement par le Musée Colette. Dans les communs, que l'on voit ci-dessous de la fenêtre de la chambre d'Achille (le frère de Colette, futur médecin à Châtillon-Coligny) et de Léo, seront installés une salle de réunion (mais les AG dans le jardin sont aussi très agréables ;-)) , des espaces réservés aux chercheurs, un salon de thé.

Bien sûr, tout cela a un coût. Et toutes les bonnes volontés sont sollicitées pour participer à cette oeuvre de réhabilitation. La maison a d'ores et déjà reçu le label "Maison des Illustres", un architecte de talent est à son chevet (il s'occupe aussi de l'Opéra Garnier !)  Un fonds de dotation a été créé afin que l'utopie se concrétise... N'hésitez pas à le faire savoir autour de vous.


Cette année 2012 correspond au centenaire de la mort de Sido, la mère de Colette, et c'est à elle aussi que ce week-end était consacré. D'abord avec l'exposition du Musée Colette "A l'ombre d'une mère... la naissance du jour", remarquablement contée (vécue pourrait-on dire) par Samia Bordji qui en est l'auteure (pas sûre que Colette aurait apprécié ce "e", tant pis !). Puis visite de Châtillon-Coligny et des différentes demeures qui furent celles de Sido, après la "déchéance financière" et le départ de Saint-Sauveur.

Une autre photo remarquable, que j'aurais pu tout aussi bien choisir comme "photo de la semaine"... Dans la maison d'Achille, le frère aîné, Colette a laissé sa griffe : sur l'une des vitres de la salle d'attente de son frère, en visite chez lui après son mariage avec Henry Gauthier-Villars (Willy) elle y a gravé son nom, avec le diamant de sa bague de fiançailles... Comme me le fait remarquer Samia, c'est un miracle que cette vitre ait été préservée !


Les propriétaires actuels de cette maison ont eu l'extrême gentillesse de nous la faire découvrir (nous étions une petite cinquantaine quand même !). On reconnait ci-dessous au centre l'escalier de cette maison de la rue de l'église, où la famille Colette a été prise en photo. En bas à gauche, ce qui était à l'époque la salle d'attente. A droite, les deux maisons successives de Sido à Châtillon, la minuscule maison du 9 rue du cimetière (devenue rue de l'égalité), si différente du paradis que représentait pour elle comme pour Colette Saint-Sauveur, en bas, la maison plus agréable qu'on fit construire pour Sido et où elle termina ses jours... Et toujours, sur les pas de Colette comme de Sido, un chat...


Alors une fois n'est pas coutume, ce n'est pas à Colette que je vais donner la parole, mais à Samia Bordji qui en parle si bien.

"Sido la magicienne qui illumine les plus beaux livres de Colette, c'était bien elle Sidonie Colette, cette femme qui croit en la vérité du monde animal et végétal, qui communique avec les oiseaux, les fleurs, avec un grain d'avoine qu'elle colle sur une lettre qu'elle adresse à Colette : "les antennes dont il est paré indiquent le temps qu'il fera... pendant que je fixais ce grain, les antennes avaient déjà varié." Avant son double littéraire, elle traduisait le langage des oiseaux : "j'aperçois une hirondelle faisant en gazouillant une toilette minutieuse. Elle n'avait pas peur du tout ; elle avait l'air de me dire : eh bien, tu croyais que nous ne viendrions plus ? Nous voilà tout de même : il a fait si froid cette année" (6 avril 1912).

Alors oui, La Maison de Claudine, la Naissance du jour et Sido sont bien des expressions d'amour et de repentir. Cela est incontestable. Car la relative absence de toute figure maternelle dans les premiers écrits de Colette montre qu'elle n'a pas pu ou pas voulu peindre d'autre mère que la sienne. L'exclusivité du modèle maternel revient à Sido. mais cette lente et subtile transformation poétique recèle une autre vérité, plus riche et plus ambiguë : en substituant une mère fictive à sa mère morte, Colette se débarrasse de la seconde.  En créant Sido, mère de littérature, elle a fait taire définitivement Sidonie, la mère réelle. Alors la Maison de Claudine, la Naissance du Jour, et Sido prennent une autre valeur. Pour reprendre les mots de Claude Pichois, ces livres forment une dalle épaisse que Colette pose sur la tombe de sa mère qu'elle condamne à n'être plus qu'un personnage, un personnage littéraire, le plus vivant des personnages qu'elle a créés. Vivant oui, car elle lui a donné la vie. Que serait Sidonie Colette si sa fille n'avait fait d'elle Sido, un des plus grands mythes maternels de toute l'histoire de la littérature ? [...] Sa fille a certes idéalisé son portrait, mais elle ne l'a pas dénaturé. [...] Elle qui, autrefois, couvrait sa mère de cadeaux somptueux pour faire oublier son absence à ses côtés, elle lui a offert, par-delà la mort, le plus beau présent qui soit, un supplément de temps d'une valeur inestimable : l'éternité."

Samia Bordji - 2012 "A l'ombre d'une mère ... la naissance du jour"

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Pour rappeler à Josette (et à quelques autres peut-être) ses dictées d'enfant. Lors de l'assemblée générale de l'an dernier, c'est l'actrice Sabine Haudepin qui nous l'avait dit, ce texte, dans le cadre du Musée Colette.

« Où sont les enfants ? » Elle surgissait, essouflée par sa quête constante de mère chienne trop tendre, tête levée et flairant le vent. Ses bras emmanchés de toile blanche disaient qu'elle venait de pétrir la pâte à galette, ou le pudding saucé d'un brûlant velours de rhum et de confitures. Un grand tablier bleu la ceignait, si elle avait lavé la havanaise, et quelquefois elle agitait un étendard de papier jaune craquant, le papier de la boucherie ; c'est qu'elle espérait rassembler, en même temps que ses enfants égaillés, ses chattes vagabondes, affamées de viande crue...
     Au cri traditionnel s'ajoutait, sur le même ton d'urgence et de supplication, le rappel de l'heure : « 4 heures ! ils ne sont pas venus goûter ! Où sont les enfants ?... » « 6 h 30 ! Rentreront-ils dîner ? Où sont les enfants ?... » La jolie voix, et comme je pleurerais de plaisir à l'entendre... Notre seul péché, notre méfait unique était le silence, et une sorte d'évanouissement miraculeux. Pour des desseins innocents, pour une liberté qu'on ne nous refusait pas, nous sautions la grille, quittions les chaussures, empruntant pour le retour une échelle inutile, le mur bas d'un voisin. Le flair subtil de la mère inquiète découvrait sur nous l'ail sauvage d'un ravin lointain ou la menthe des marais masqués d'herbe. La poche mouillée d'un des garçons cachait le caleçon qu'il avait emporté aux étangs fiévreux, et la « petite », fendue au genou, pelée au coude, saignait tranquillement sous des emplâtres de toiles d'araignée et de poivre moulu, liés d'herbes rubanées...
     - Demain, je vous enferme ! Tous, vous entendez, tous !
     Demain... Demain l'aîné, glissant sur le toit d'ardoise où il installait un réservoir d'eau, se cassait la clavicule et demeurait muet, courtois, en demi-syncope, au pied du mur, attendant qu'on vînt l'y ramasser. Demain, le cadet recevait sans mot dire, en plein front, une échelle de six mètres, et rapportait avec modestie un oeuf violacé entre les deux yeux...
     - Où sont les enfants ?
     Deux reposent. Les autres jour par jour vieillissent. S'il est un lieu où l'on attend après la vie, celle qui nous attendit tremble encore, à cause des deux vivants. Pour l'aînée de nous tous elle a du moins fini de regarder le noir de la vitre, le soir : « Ah ! je sens que cette enfant n'est pas heureuse... Ah ! je sens qu'elle souffre... »
     Pour l'aîné des garçons elle n'écoute plus, palpitante, le roulement d'un cabriolet de médecin sur la neige, dans la nuit, ni le pas de la jument grise. Mais je sais que pour les deux qui restent elle erre et quête encore, invisible, tourmentée de n'être pas assez tutélaire : « Où sont, où sont les enfants ?... »
Colette. "La Maison de Claudine"


lundi 2 janvier 2012

Matins d'hiver








"Ma solitude, cette neige de décembre, ce seuil d'une autre année ne me rendront pas le frisson d'autrefois, alors que dans la nuit longue je guettais le frémissement lointain, mêlé aux battements de mon coeur, du tambour municipal, donnant au petit matin du premier janvier, l'aubade au village endormi... Ce tambour dans la nuit glacée, vers six heures, je le redoutais, je l'appelais du fond de mon lit d'enfant, avec une angoisse nerveuse proche des pleurs, les mâchoires serrées, le ventre contracté... Ce tambour seul, et non les douze coups de minuit, sonnait pour moi l'ouverture éclatante de la nouvelle année, l'avènement mystérieux après quoi haletait le monde entier, suspendu au premier rrran du vieux tapin de mon village.


Il passait, invisible dans le matin fermé, jetant aux murs son alerte et funèbre petite aubade, et derrière lui une vie recommençait, neuve et bondissante vers douze mois nouveaux... Délivrée, je sautais de mon lit à la chandelle, je courais vers les souhaits, les baisers, les bonbons, les livres à tranche d'or... j'ouvrais la porte aux boulangers portant les cent livres de pain et jusqu'à midi, grave, pénétrée d'une importance commerciale, je tendais à tous les pauvres, les vrais et les faux, le chanteau de pain et le décime qu'ils recevaient sans humilité et sans gratitude...

Matins d'hiver, lampe rouge dans la nuit, air immobile et âpre d'avant le lever du jour, jardin deviné dans l'aube obscure, rapetissé, étouffé de neige, sapins accablés qui laissiez, d'heure en heure, glisser en avalanches le fardeau de vos bras noirs, coups d'éventails des passereaux effarés, et leurs jeux inquiets dans une poudre de cristal plus ténue, plus pailletée que la brume irisée d'un jet d'eau... Ô tous les hivers de mon enfance, une journée d'hiver vient de vous rendre à moi ! "


COLETTE - Les Vrilles de la vigne, 1908




A vous qui passez aux Cerisiers de l'Aube, 
je souhaite une belle année 2012
pleine de joies, de sérénité, d'enthousiasmes.
Que vos rêves se réalisent 
et que la vie vous soit douce.

mardi 20 septembre 2011

Colette en sa maison

C'est officiel, Frédéric Maget, le président de la Société des Amis de Colette l'a annoncé : la maison de Saint Sauveur en Puisaye est sauvée. Oui je sais bien, certains d'entre vous l'ont déjà lu un peu partout, et m'en ont même fait part en privé, ce dont je les remercie. Mais l'annonce ministérielle a été faite avant même la signature du compromis de vente, à mon sens un peu prématurément (vous savez "il ne faut jamais vendre la peau de l'ours...") et au risque de compromettre... le compromis ! C'est l'impression que j'ai eue en tout cas, qui est peut-être totalement fausse, parce qu'il n'y a pas pire stratège que moi...

L'année 2012 sera, à n'en pas douter, une année exceptionnelle pour les Amis de Colette... On nous avait promis il y a peu une Assemblée Générale DANS la maison (et pas seulement dans le jardin, ce qui était déjà un privilège) ! Je m'en réjouis à l'avance. Pour autant, le travail évidemment n'est pas terminé, puisque tout reste à faire : la remise en état des locaux et des jardins, afin d'accueillir le public et les chercheurs. C'est pourquoi bien sûr la mobilisation se poursuit, à commencer par le dîner d'exception qui aura lieu le 30 septembre au Château du Clos de Vougeot... pour les mécènes éventuels ;-).







Quelques détails dans le Journal local.

 Colette en son jardin

"O géraniums, ô digitales… Celles-ci fusant des bois-taillis, ceux-là en rampe allumée au long de la terrasse, c'est de votre reflet que ma joue d'enfant reçue un don vermeil. Car « Sido » aimait au jardin le rouge, le rose, les sanguines filles du rosier, de la croix-de-Malte, des hortensias et des bâtons-de-Saint-Jacques, et même le coqueret-alkékenge, encore qu'elle accusât sa fleur, veinée de rouge sur pulpe rose, de lui rappeler un mou de veau frais... A contre-cœur, elle faisait parte avec l'Est : « Je m'arrange avec ..lui, » disait-elle . Mais elle demeurait pleine de suspicion et surveillait, entre tous les cardinaux et collatéraux, ce point glacé, traître, aux jeux meurtriers. Elle lui confiait des bulbes de muguet, quelques bégonias, et des crocus mauves, veilleuses des froids crépuscules.

Hors une corne de terre, hors un bosquet de lauriers-cerises dominés par un junko-biloba - je donnais ses feuilles, en forme de raie, à mes camarades d'école, qui les séchaient entre les pages de l'atlas - tout le chaud jardin se nourrissait d'une lumière jaune, à tremblements rouges et violets mais je ne pourrais dire si ce rouge, ce violet dépendaient, dépendent encore d'un sentimental bonheur ou d'un éblouissement optique. Étés réverbérés par le gravier jaune et chaud, étés traversant le jonc tressé de mes grands chapeaux, étés presque sans nuits... Car j'aimais tant l'aube, déjà, que ma mère me l'accordait en récompense: J'obtenais qu'elle m'éveillât à trois heures et demie, et je m'en allais, un panier vide à chaque bras, vers des terres maraîchères qui se réfugiaient dans le pli étroit de la rivière, vers les fraises, les cassis et les groseilles barbues.
A trois heures et demie, tout dormait dans un bleu originel, humide et confus, et quand je descendais le chemin de sable, le brouillard retenu par mon poids baignait d'abord mes jambes, puis mon petit torse bien fait, atteignait mes lèvres, mes oreilles et mes narines plus sensibles que tout le reste de mon corps… J'allais seule, ce pays mal pensant était sans dangers. C'est sur ce chemin, c'est à cette heure que je prenais conscience de mon prix, d'un état de grâce indicible et de ma connivence avec le premier souffle accouru, le premier oiseau, le soleil encore ovale, déformé par son éclosion…
Ma mère me laissait partir, après m'avoir nommée " Beauté, Joyau-tout-en-or "; elle regardait courir et décroître - sur la pente son oeuvre - " chef-d'ceuvre ", disait-elle. J'étais peut-être jolie ; ma mère et mes portraits de ce temp-là ne sont pas toujours d'accord... Je l'étais à cause de mon âge et du lever du jour, à cause des yeux bleus assombris par la verdure, des cheveux blonds qui ne seraient lissés qu'à mon retour, et de ma supériorité d'enfant éveillée sur les autres enfants endormis.
Je revenais à la cloche de la première messe. Mais pas avant d'avoir mangé mon saoul, pas avant d'avoir dans les bois, décrit un grand circuit de chien qui chasse seul, et goûté l'eau de deux sources perdues, que je révérais L'une se haussait hors de la terre par une convulsion cristalline, une sorte de sanglot, et traçait elle-même son lit sableux. Elle se décourageait aussitôt née et replongeait sous la terre. L'autre source, presque invisible,, froissait l'herbe comme un serpent, s'étalait secrète .au centre d'un pré où des narcisses, fleuris en rende, attestaient seuls sa présence. La première avait goût de feuille de chêne, la seconde de fer et de tige de jacinthe... Rien qu'à parler d'elles je souhaite que leur saveur m'emplisse la bouche au moment de tout finir, et que j'emporte, avec moi, cette gorgée imaginaire..."
Colette (Sido)



Lors de l'assemblée générale de 2010, nous avions eu la chance d'entendre ce texte lu, dans le "jardin du haut",  par Samia Bordji, responsable du Centre d'Etudes Colette et des expositions au Musée Colette (derrière elle sur cette photo, Foulques de Jouvenel). Samia n'interprète pas les textes, elle les vit. Les émotions affleurent... jusqu'aux larmes parfois.

mardi 22 février 2011

De Victor à Claude, encore

Paris propose à ceux qui vivent à proximité un choix toujours renouvelé  de sorties, musées, concerts... Il est souvent frustrant de choisir et pourtant qui aurait le temps de tout voir, de tout faire ? Il y a pour moi des rendez-vous incontournables, que je note généralement au tout début de l'exposition et... que je n'arrive à voir qu'à sa toute fin dans le meilleur des cas ! C'est ainsi que samedi j'ai eu le bonheur de visiter deux d'entre elles, à la veille de leur fermeture. 


La Maison de Victor Hugo,  place des Vosges, donnait à voir des Portraits d'écrivains de 1850 à nos jours dans le cadre du mois de la photographie. Le lieu est évidemment exceptionnel, à la démesure du génie qu'était Hugo. Il découvrit la photo lors de son exil au  milieu du 19e siècle et semble avoir compris d'emblée, son attitude le montre, l'importance d'une telle découverte pour un homme de sa stature : il était homme de communication... Trois collections différentes, pour trois époques différentes, permettent un tour du monde littéraire que je vous propose de partager .




Le catalogue  reprend l'essentiel des portraits présentés, et de beaux textes explicatifs. Une photo emblématique, celle de Colette, certainement l'une des plus connues. Colette y pose, vaguement hautaine, sur le "lit-radeau" qui vit les dernières années de sa vie. Sur la table qui lui fut offerte par la Princesse de Polignac, le pot à stylos (dont le Mandarin  Parker, au premier plan), son papier tout aussi célèbre dont on ne voit pas qu'il est bleu. Au fond, derrière elle, le "Fanal bleu" qui donna son nom au dernier ouvrage de Colette, le papier bleu de l'écrivain adoucissait la lumière crue de l'ampoule.


Sur les murs de la Maison de Victor Hugo, une citation :

" Ce qui ne s'apprend pas, je vais vous le dire : c'est le sentiment de la lumière [...] Ce qui s'apprend encore beaucoup, c'est l'intelligence morale du sujet, c'est ce tact rapide qui met en communion avec le modèle. C'est le côté psychologique de la photographie, le mot ne me semble pas trop ambitieux" 
Nadar - 1857 (Mémoire de son procès)

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La place des Vosges s'ouvre dans un angle sur les jardins qui mènent à l'Hôtel de Sully, à la librairie si tentante... Au nombre de mes achats, au milieu de petits carnets de couleur,  la biographie de Pierre-Auguste Renoir par son fils, Jean Renoir. Un délice ! Voila Monet décrit par Renoir (père) raconté par Renoir (fils)...



"Lorsque Renoir lâcha complètement la décoration, il alla vivre avec Monet. L'exécution des portraits de petits commerçants que Monet avait le génie de décrocher leur permettait de tenir le coup. Un portrait leur était  payé cinquante francs. Il leur arrivait de passer des mois sans trouver de commande. Ça n'empêchait pas Monet de continuer avec ses chemises de dentelle et d'avoir le meilleur tailleur de Paris. il ne le payait jamais, répondant à ses factures avec la hauteur condescendante de Don Juan recevant M. Dimanche. "Monsieur, si vous insistez, je vous retire ma clientèle." et le tailleur n'insistait pas, éperdu de fierté d'habiller un monsieur avec de telles manières. "Il était né grand seigneur !"..."



Et justement, c'est ce grand seigneur dont je voulais aller voir la seconde exposition-phare de l'année, l'expo rivale de celle du Grand Palais, à Marmottan. Une petite file d'attente, rien de comparable avec celle du Grand Palais, mais surprenante quand même pour ce musée si tranquille, que j'aime beaucoup car il reste à dimension humaine. "Monet, son musée"   montrait l'intégralité de la collection, 136 oeuvres de Monet, dont la pièce maîtresse "Impression Soleil Levant". Egalement ses caricatures, des dessins, et tous les tableaux qu'il conservait avec lui. Des salles plus bruissantes que d'habitude, quand même, mais j'ai découvert ma capacité à faire totalement abstraction du bruit environnant et des présences "parasites"... pour profiter pleinement de l'émotion ressentie. Une exception cependant : dans la rotonde aux Nymphéas, au sous-sol, un documentaire était proposé, dont je n'ai pas entendu un mot. Je suis toujours surprise du bruit que font les visiteurs devant des tableaux, alors que ces chefs d'oeuvre n'appellent que le silence... Fort heureusement, j'ai retrouvé sur internet cet extrait... pour m'apercevoir que la voix que j'avais manquée, c'est celle de Sacha Guitry !



lundi 18 octobre 2010

Déli en concours

On ne quitte pas le monde des félins...C'est George qui nous a proposé un concours mettant en scène sur une même photo notre chat, notre blog et un livre.

C'est bien connu, les chats adorent les livres et l'ordinateur... sauf quand on le leur demande ! Après quelques tentatives ratées et quelques cavalcades dans la maison, voici la photo que j'ai choisie pour concourir :


On dirait vraiment que Délicat's s'exerce à la lecture du manuscrit de "Sido" de Colette (Editions Zulma -CNRS) !

Vous pouvez bien sûr aller voir les autres minettes et matous en situation, la concurrence est rude.


Et voilà le meilleur supporter de Délicat's, Aguichou qui n'a pas encore compris l'usage qu'on peut faire d'un clavier !

jeudi 16 septembre 2010

Colette en scène

Je vous avais annoncé ce spectacle d'exception lors de ma visite à Saint Sauveur en Puisaye... dont je n'ai d'ailleurs pas encore publié la suite :-)) Ca nous fera un petit retour estival à l'approche de l'automne ! Michelaise, notre critique de cinéma, nous parle aujourd'hui du film de Mathieu Amalric, Tournée, et me donne ainsi l'occasion de rebondir sur le sujet.

L'idée de ce film est venue à Mathieu Amalric après avoir lu "L'envers du Music-hall" de Colette. Et comme ce n'est pas un ingrat, le réalisateur et toute sa troupe seront sur la scène du Théatre du Chatelet, le 9 novembre prochain, pour le spectacle qui y sera donné :

De nombreux acteurs et actrices qui ont interprété des personnages de Colette (Lambert Wilson, Leslie Caron, Ludmila Mikael, Carole Bouquet, Tsilla Chelton...), des chanteurs (Juliette) diront ou évoqueront ses textes. Les bénéfices de cette soirée exceptionnelle seront versés au fonds de dotation "La maison de Colette" afin de racheter et réhabiliter la maison natale de Saint Sauveur "La maison de Claudine".


Méditation : "Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne." Colette

mercredi 14 juillet 2010

Le Monde de Colette (1)

Par un après-midi ensoleillé, l'Assemblée Générale de la Société des Amis de Colette s'est tenue dans la salle des Présidents de la mairie de Saint Sauveur en Puisaye, village natal de Sidonie Gabrielle Colette. Elle y est née le 28 janvier 1873, et le village resta à jamais sous sa plume un paradis perdu :  "J'appartiens à un pays que j'ai quitté".


Pendant le dépouillement des votes, Monsieur Révillon, maire de Saint-Sauveur eut la gentillesse de nous ouvrir les portes de la classe. La jeune élève qui y étudia prit les traits de "Claudine", lorsque Colette entreprit, sur ordre de son premier mari Willy, de "jeter sur le papier des souvenirs de l'école primaire". Cette petite classe transformée en musée vit s'épanouir celle qui allait devenir l'un des plus grands écrivains contemporains. C'est avec émotion qu'on découvre les tenues qui ont été offertes par Pauline, la "gouvernante" de Colette lorsqu'elle était au Palais Royal. Beaucoup de photos,des lettres de l'écrivain,  les célèbres "tropéziennes", le poêle Godin... tout témoigne de l'attachement de Saint Sauveur à sa célèbre ambassadrice.  Et "l'écolière" aux cheveux blancs, qui a pris place au pupitre, c'est Christine de Rivoyre, éminente membre de la Société des Amis de Colette.


Les rues de Saint Sauveur gardent le charme qu'elles avaient du temps de la jeunesse de Colette : les escaliers boiteux s'adaptant aux pentes des ruelles, le clocheton de briques rouges, sur la place du marché, la perception, grâce à laquelle le Capitaine Colette vint habiter Saint-Sauveur, et ce fut le début de l'histoire... A quelques pas de là, habitait Mme Sidonie Robineau-Duclos, qui avait une enfant, Juliette "la soeur aux longs cheveux", d'un mari alcoolique et fort repoussant. Nul doute que l'arrivée du nouveau percepteur apporta un peu de joie dans sa  vie... Un enfant et un veuvage plus tard, la jolie Sidonie épousa le Capitaine Colette, qui vint s'installer dans la maison de ce qui était alors la rue de l'Hospice...


Et tout à coup, au détour d'une rue, un chat, pas n'importe lequel : un Chartreux ! Par excellence, le chat de Colette... Il m'a semblé qu'un peu de son esprit me guidait vers sa maison....


La voici, cette maison "coiffée d'un grenier haut" telle que Colette la décrit dans La maison de Claudine :
"La façade principale, sur la rue de l’Hospice, était une façade à perron double,
noircie, à grandes fenêtres et sans grâces, une maison bourgeoise de vieux village,
mais la roide pente de la rue bousculait un peu sa gravité, et son perron boitait,
six marches d’un côté, dix de l’autre.
Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d’orphelinat, son entrée
cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d’un côté."
La rue s'appelle désormais, depuis 1967, la rue Colette, et la grille du perron porte encore les lettres enlacées des premiers propriétaires, les Robineau-Duclos. Sur la façade, une simple plaque de marbre indique sobrement "Ici, Colette est née". Laquelle apprécia en son temps que sa date de naissance n'y fut pas mentionnée !

Colette est née dans la chambre de sa mère, dont la fenêtre est immédiatement à droite de la plaque. Mais la chambre de son enfance, fut celle qui est située au dessus du porche, à droite.


Cette maison, comme celle de tant d'autres écrivains, fait partie du patrimoine culturel français. Plus que toute autre cependant, elle est partie intégrante de l'oeuvre de Colette, personnage à part entière de ses textes. Pourtant, cette maison est en danger. Elle avait été conservée en bon état, avec ses deux jardins, par son propriétaire, un dentiste il me semble. Des vicissitudes liées à un héritage (c'est un pléonasme ?) fragilisent ce patrimoine. La Société des Amis de Colette (avec le Conseil Général, et la Mairie de Saint Sauveur) se mobilise donc pour que cette maison soit rachetée par l'état et classée, afin qu'elle devienne non seulement un lieu de mémoire, mais aussi un centre d'études, un lieu enfin ouvert au public qui, pour le moment, se contente d'en admirer les fenêtres et le perron (sauf quelques privilégiés dont je vous parlerai plus tard ;-)).

Une pétition est en ligne sur le site de la Société des Amis de Colette. Je sais, parce que je lis vos blogs, que vous aimez la littérature, la culture, et je suis sûre que vous aurez à coeur de signer cette pétition et de la faire suivre à un grand nombre de vos correspondants.

Un fonds de dotation a été créé pour récolter le soutien de tous les amoureux de la littérature, et le Comité d'honneur regroupe des personnalités comme Julia Kristeva, Edmonde Charles-Roux, Bernard Pivot, Sylvie Le Bon de Beauvoir... Une soirée qui aura lieu le 9 novembre au Chatelet devrait également permettre de récolter des fonds : tous les acteurs qui ont interprété des personnages présents dans l'oeuvre de Colette ont été conviés : Lambert Wilson, Annie Duperey, Leslie Caron, et beaucoup d'autres devraient être présents et lire ses textes.

Quelques détails sur l'histoire de cette mobilisation dans l'article de la Fédération des Maisons d'Ecrivains.

Je vous montrerai un peu plus tard les jardins et le musée que nous eûmes le privilège de découvrir. Mais je vous laisse ce soir en compagnie de Colette elle-même, qui donne bien du fil à retordre à celui qui tente de l'interviewer...



(à suivre...)

mercredi 7 juillet 2010

Divers d'été...

Chez beaucoup d'entre vous, on parle de la chaleur, de surcroit de travail, de difficultés à venir "bloguer" régulièrement... Je ne fais pas exception à la règle et cette fin d'année scolaire tourne au marathon. Submergée de travail le jour, anéantie par la fatigue et la chaleur le soir... Une trop longue attente, quelques nouvelles diverses, au fil de la semaine...

Notre jolie boudeuse a eu deux ans cette semaine. Un clown qui s'ignore, un "lapin" tendre comme dit ma fille qui l'a tant apprivoisé que ledit lapin accepte désormais nos câlins et patouillages, un éternel bébé pataud.... Bon anniversaire Délicat's, notre Déli !


Quelques nouvelles des roses trémières, qui m'inquiétaient l'année dernière, ici. On les disait capricieuses, voyageuses ... bref, je n'aurais pas trop parié sur leur survie après l'hiver. J'aurais eu tort ! Elles ont prospéré remarquablement, au point de vampiriser le chèvrefeuille dont on aperçoit une liane, ici ou là. Comme la terre semble leur plaire, je tenterai d'autres couleurs, le long du mur mitoyen. Souvenez-vous, j'avais rapporté des graines des roses trémières noires du Grand Hôtel de Cabourg... Et j'en ai aussi volé quelques-unes du jardin de Colette... chut ;-) ! Je compte sur les jardinières expertes que vous êtes pour me dire comment faire (les lancer à la volée, je n'y crois pas trop... Dois-je semer dans une petite jatte ? Et si oui, quand ? Merci de votre aide horticole :-))


Surprise à la médiathèque de Tremblay. Les bibliothécaires, toujours pleins de ressources, aussi sympathiques que compétents, nous ont réservé des colis surprises, à choisir en plus du "quota" déjà très conséquent auquel nous avons droit pour les vacances. Des "cadeaux" regroupés par thèmes : vampires (non merci), BD, fantasy (euh...), polars, Chicago, Politique et humour (surtout en ce moment),  Rire au travail (mais si), Poésie contemporaine, Mai 68,  Mozart (ce fut le choix de Flore-Anne) ou Goncourt... ce fut le mien ! Et le paquet ouvert, reste à déguster : livres, dvd, BO de film, Livre audio... Nous avons vraiment apprécié cette sympathique idée.


J'ai posé une partie de mes trésors de l'été dans une coupe acquise à Saint Sauveur, à la Poterie de la Bâtisse, digne représentante des célèbres Poteries de Puisaye.

Quelques tours de potier : "Les cruches ventrues, insolemment sexuées, étaient pétries et cuites à la Bâtisse, veines d'argile grasse à fleur de terre. Vernissées, avec ça et là des rehauts d'oxydation empruntés au feu du four, tournée à la main et au pied, la rustique poterie de la Bâtisse, dépendait de deux gestes très anciens, dont l'un, celui des mains, enchantait par sa suavité et son silence, et modelait les écuelles, les fait-tout avec une queue, les fait-tout sans queue, les cruches pour l'eau, les cruchons pour le lit... L'émail inégal, mais toujours d'un brun chaud, couvrait cette vaisselle née de notre sol." Colette (Ces dames anciennes).

mardi 29 juin 2010

En attendant Colette

Quelques images, pour vous faire patienter, en attendant un article qui me demande un peu plus de temps de rédaction, à la mesure de ce week-end passionnant et chaleureux. J'étais à Saint-Sauveur-en-Puisaye, patrie de Colette, un auteur de référence absolue pour moi, sur laquelle j'ai tant de choses à vous montrer et à vous dire.

En consultant le site du village (c'est en effet un village moderne, avec un maire très dynamique, autant que son équipe sans doute), j'avais vu l'annonce d'un concours de chevaux, et plus particulièrement de juments suitées, c'est-à-dire présentées avec leur poulain. Le plus jeune de ceux-ci avait 4 jours, et je me suis plu à observer leurs gambades et cabrioles. J'ai été amusée aussi de constater que les jeunes chevaux se comportent parfois comme les jeunes humains : pleins de curiosité, ils vous fixent un instant, à l'écoute (regardez les longs cils du poulain de 4 jours, en bas à droite, oreilles dressées dans ma direction) pour se réfugier quelques secondes plus tard derrière les jambes de leur maman (les chevaux qui sont de nobles animaux, ont des jambes, une bouche, une robe), pour vous regarder à nouveau, bien à l'abri.


Les couples mère-enfant sont donc jugés sur leur allure, leur réactivité autant que leur sagesse, la qualité de leur robe...



Avant la naissance de Colette, le village avait déjà une personnalité reconnue,  la Tour Sarrasine, datant du 11e siècle. Personne ne sait encore à quoi elle était destinée, mais des recherches locales, en même temps que les travaux de reconstruction, devraient apporter quelques réponses. Le Château quant à lui abrite le Musée Colette, sur lequel je reviendrai. Il est gardé par deux lions, qui devraient rappeler quelque chose à Norma et aux amateurs de Venise, et par des hirondelles qui y ont élu domicile. Le village a gardé le charme qu'il devait avoir au temps de Colette, et bien des maisons ont gardé leurs persiennes, leurs grilles rouillées, leur "perron boiteux". Dans la rue principale, se tient une charmante boutique de livres anciens, où dorment des trésors introuvables ailleurs.





Je suis arrivée trop tard pour visiter le Château de Saint-Fargeau, ce que j'avais fait il y a quelques années. Une petite promenade dans la ville, à l'heure où la lumière commence à baisser.


Quelques mots Colettiens : "Montigny(...)c'est des maisons qui dégringolent, depuis le haut de la colline jusqu'en bas de la vallée ; ça s'étage en escalier au-dessous d'un gros château, rebâti sous Louis XV et déjà plus délabré que la Tour Sarrasine, épaisse, basse, toute gainée de lierre, qui s'effrite par en haut, un petit peu chaque jour. C'est un village et pas une ville ; les rues, grâce au ciel, ne sont pas pavées ; les averses y roulent en petits torrents, secs au bout de deux heures ; c'est un village, pas très joli même et que pourtant j'adore." Colette - "Claudine à l'école".  
Le village que "Claudine" décrit s'appelle Montigny, mais il s'agit bien évidemment de Saint-Sauveur. Le château n'est plus du tout délabré, puisque grâce à l'appui de la famille de Jouvenel,  la mairie de Saint Sauveur en a fait le Musée Colette, l'un des centres stratégiques du village. Et la Tour sarrasine n'est plus si ébréchée, grâce aux travaux entrepris depuis 1996

mercredi 12 mai 2010

Pensée pour Elsa


Quelques mots, quelques fleurs. Elle est là.

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Les voilà, elles sont arrivées, les pivoines de qui vous dites qu'elles sentent la rose, annonciatrices des premières roses. Donnez beaucoup d'eau à ces fastueuses corolles, auxquelles demeure en effet quelque chose de la rose, quelque chose, mais non pas son parfum.

Rouge grenat, rose gai, rose sentimental, trois ou quatre autres carmins, elles ont les couleurs de la belle santé, et me réjouiront pendant une semaine. Et puis, elles laisseront tomber, toutes à la fois, leur brasier de pétales, avec un soupir de fleurs qui imite le brusque trépas de la rose...



Colette (Pour un herbier)


lundi 1 mars 2010

Devoirs de vacances 1954






Il est temps de commencer les révisions, si on veut être prêt pour le certif, à la fin de l'année scolaire. Le Certificat d'Etudes,  Colette ou Marcel Pagnol nous ont montré quelle importance il avait dans la vie scolaire des enfants de la fin du 19e siècle jusqu'aux années soixante . Pour certains, généralement issus de milieux modestes, ce fut le seul diplôme, la fierté de toute une vie ; la preuve que l'école élémentaire, et Monsieur  l'instituteur, avaient rempli leur office. "J'ai mon Certificat d'Etudes", c'est une phrase que j'ai entendue souvent dans ma famille avec émotion et tendresse pour ceux qui la prononçaient.

Dictée (10 points) et Questions (10 points) - 50 mn

Le premier feu,vu par la chatte.

Feu ! Te voici revenu, plus haut que mon souvenir, plus cuisant et plus proche que le soleil ! Feu ! Que tu es splendide ! Par pudeur, je cache ma joie de te revoir, je ferme à demi les yeux où la lumière amincit ma prunelle. Mon ronron discret se perd dans ton crépitement. Ne pétille pas trop, ne crache pas d'étincelles sur ma fourrure ; sois clément, feu varié, que je puisse t'adorer sans crainte...
Je sais, puisque je suis chat, tout ce qui vient derrière toi, feu. Je prévois l'hiver que j'accueille d'une âme inquiète, mais non sans plaisir. En son honneur, déjà ma robe croît et s'embellit. Mes rayures brunes deviennent noires et le poli de mon ventre passe en beauté tout ce qui s'est vu jamais.

Colette

Questions :
La chatte est-elle contente ? Quels sont les détails qui le  montrent ? Pourquoi les rayures brunes deviennent-elles noires ?
Expliquez : clément (employer ce mot dans une phrase) ; pétiller.
Analyser : splendide ; joie ; te (revoir) ; par pudeur.

Rédaction (10 points - 50 mn)

Vos parents ont commandé un poste de T.S.F. Votre attente, votre joie à l'arrivée du colis. Que fait toute la famille les premiers jours de l'installation du poste à la maison ?

Calcul

Une personne riche laisse en mourant sa fortune qui doit être partagée entre les familles de plus de trois enfants du village, proportionnellement au nombre des enfants. Le village comporte une famille de neuf enfants, une famille de sept enfants, trois familles de six enfants, quatre familles de cinq enfants, et douze familles de quatre enfants. La fortune, après paiement des droits divers, s'élève à 6 850 000,00 francs.
Que recevra chaque famille ?



Sciences

Garçons ruraux : Quel est le but des drainages ? Citez les différents moyens de drainage que vous connaissez pour drainer les sols de culture.

Garçons maritimes : Dessinez les différentes phases de la lune. Quelles phases correspondent aux plus fortes  marées ?

Garçons urbains : action de l'alcool sur l'organisme humain (ndlr : bonjour la réputation !)

Filles : Comment combattre la constipation chez un bébé (ndlr : au secours...).



Couture

Une boutonnière à deux brides. Lettre A au point de croix sur toile.

Les textes (authentiques) des épreuves sont extraits de "Carnet du certificat d'études 1954" aux Editions De Borée.
Les photos sont tirées de "Images de notre enfance - L'école de Monsieur Rossignol" également aux Editions De Borée. Vous pouvez voir d'autres tableaux, de ma collection personnelle, A la récré.


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Leçons de choses : "Ce qui distingue l'autodidacte de celui qui a fait des études, ce n'est pas l'ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité et de confiance en soi." Milan Kundera (L'insoutenable légèreté de l'être)