lundi 21 août 2017

De Côte d'Albâtre en Pays de Caux

Quelques jours en Pays de Caux et sur la Côte d'Albâtre.... Plus au sud, je connais bien la Normandie du Calvados et en particulier le Pays d'Auge. Plus au nord, je connais de mieux en mieux la Baie de Somme où je me rends régulièrement. Mais entre les deux, je ne connaissais pas le Pays de Caux et j'ai découvert quelques lieux bien sympathiques !
"Notre" maison se trouvait à Auberville-la-Manuel, charmant village encore doté d'un château, dont les communs furent transformés un temps en pensionnat. On y retrouve sur presque tous les bâtiments les structures typiques du pays cauchois : briques, grès, colombages et silex qui forment des constructions polychromes très harmonieuses. Côté terre ou côté mer, c'est une région encore paisible (sauf peut-être le jour des fêtes de la mer, il est alors temps pour moi de regagner les terres  !)



A quelques kilomètres, coule la Veules, qui porte orgueilleusement le titre de plus petit fleuve de France (1149 mètres  ) lequel arrose la délicate ville de Veules-les-Roses. L'eau de ce fleuve minuscule est si claire qu'on y suit le parcours des truites et que même les pommes choisissent de s'y baigner ! Le moulin Anquetil, comme d'autres sur le village, remplit encore parfaitement sa fonction.



Le Pays de Caux a vu naître quelques célébrités, dont Bourvil, né André Robert Raimbourg en 1917 comme l'atteste son acte de naissance. L'occasion de voir (à Fontaine-le-Dun) une exposition assez époustouflante de plus de 1000 documents, témoignages, affiches, photos de tournages... et la fameuse 2CV "elle va marcher beaucoup moins bien forcément" Personnage simple et attachant, acteur complet... L'exposition m'a donné envie de revoir en particulier "Le cercle rouge", son dernier film.


Nos pas nous mènent ensuite à Ermenouville pour la visite du château et des jardins de Mesnil-Geoffroy. Magnifique roseraie (2700 rosiers !) et un potager romantique parcourus sous un léger crachin.


Plus loin encore, en direction de Rouen, petite halte à Allouville-Bellefosse pour voir le seul Monument Historique vivant : un chêne plus que millénaire, qui pourrait avoir été planté au temps de Charlemagne !! Vous verrez sur les photos qu'une partie au moins de ce chêne, évidemment consolidé, étayé et restauré au fil des siècles (toujours par le menuisier du village), est suffisamment vigoureuse pour fructifier avec générosité ! Deux chapelles y ont été installées aux 17e et 19e siècles.


Après Yvetot et son plus grand vitrail d'Europe (Max Ingrand 1956, dans une église affreuse), Rouen, aussi magnifique en son centre historique qu'elle est laide (pardon pour celles et ceux qui y vivent) quand on l'aborde... La cathédrale bien sûr, le gros-horloge, le palais de justice, jusqu'à l'aitre Saint Macloud, ancien cimetière charnier... Tout est magnifiquement conservé.



Retour sous le soleil à Saint-Valery-en-Caux ville martyre dont le centre fut entièrement détruit en 1940 par les bombardements, à quelques exceptions près, dont la miraculeuse "Maison Henri IV" où notre bon roy aurait eu la bonne idée de séjourner une nuit... Cette maison, qui est désormais un musée et un espace d'expositions temporaires, est un condensé de tout ce qui se fait en matière de construction, de sols, de matières : briques, silex, colombages ; mais aussi cuir, bronze, cuivre, bois, tapisseries, indiennes...




La suite de la visite nous mène en haut de la vieille ville, vers un cloître qui est malheureusement inaccessible pour cause de travaux... futurs.


Comme dans nombre de nos régions, j'ai découvert là bien des richesses. Nous y reviendrons sans nul doute pour poursuivre les découvertes !

lundi 7 août 2017

Camille Claudel à Nogent

Juin 2017

Nogent-sur-Seine est fort opportunément posée sur la route qui va de Tremblay (où j'habite) à Troyes (où je vais régulièrement). Je m'y suis arrêtée il y a quelques jours pour visiter le tout nouveau Musée Camille Claudel.

Le musée a été construit à partir de l'ancien Musée Dubois-Boucher,  tous deux sculpteurs originaires de Nogent. Il était installé dans le bâtiment de gauche sur la photo, maison dans laquelle a vécu la famille de Camille Claudel. Des bâtiments modernes en briques le complètent désormais, afin d'offrir aux oeuvres de Camille Claudel l'espace et l'écrin qu'elles méritent. Enfin !

Le voyage commence par une présentation de "la sculpture au temps de Camille Claudel", dans les familles bourgeoises comme dans l'espace public. Où nous retrouvons des noms connus : Bourdelle, Dubois et Boucher (les 2 locaux de l'étape !), et bien sûr Rodin, avec "Femme accroupie".

Quand, après avoir vu un documentaire sur la vie de Camille (courte vie d'artiste, mais longue et triste vie de femme), on aborde les salles abritant ses sculptures, on a l'impression d'entrer dans une autre dimension... L'Aurore (sans doute précurseur de "La Petite Châtelaine"), l'Implorante, Jeune Femme aux yeux clos, et bien sûr Rodin. Autant de merveilles sculptées par Camille.


Lorsque j'avais visité le Musée Rodin à Paris, j'avais vu l'un des exemplaires de la "Valse"... Quatre sculptures différentes nous entraînent ici dans une Valse tumultueuse  et émouvante. Une salle entière leur est consacrée.


Puis après le "Portrait aux cheveux courts", c'est déjà l'évocation de "l'Age mûr", "Les Causeuses". Et le remarquable "Persée et la Gorgone" dans lequel Camille s'est représentée deux fois : le corps de la  femme décapitée, c'est elle, au temps de sa jeunesse, tandis que la tête de la Gorgone  c'est elle encore mais à l'âge mûr. Certains virent dans cette oeuvre le symbole de la mise à mort de Camille par Rodin lui-même...


Sur l'un des murs, une citation de Rodin : "Je lui ai montré où elle trouverait de l'or. Mais l'or qu'elle trouve est à elle."

Pour en savoir plus sur sa biographie et sur ses oeuvres c'est ici :: https://fr.wikipedia.org/wiki/Camille_Claudel

dimanche 23 juillet 2017

Un autre Renoir à Troyes

Parfois, certains voyages, certaines destinations sont un peu pesants. Quand la maison de retraite, puis l'hôpital sont orchestrés par notre "ami" Aloïs Alzheimer, il faut lutter pour rester positifs. J'ajoute donc à ces voyages, désormais, une touche de beauté, de légèreté, d'art. En juin c'était Camille Claudel à Nogent. Cette fois, c'était Renoir, à Troyes.


Pour saluer l'ouverture au public de la maison de Renoir à Essoyes (visite que je ferai une prochaine fois), le Musée d'Art Moderne de Troyes propose "Un autre Renoir". Exposition modeste si l'on considère que les tableaux les plus célèbres n'y sont pas (Le déjeuner des canotiers, les jeunes filles au piano..) mais rafraîchissante, presque familiale, y compris par l'ambiance et la sérénité qui y règnent.


Dans le quartier moyenâgeux aux maisons à colombages, le Musée jouxte la cathédrale. La palette et les pinceaux de Pierre-Auguste Renoir nous accueillent, ainsi que son buste réalisé par Maillol, et un tableau d'Albert André "Renoir peignant en famille"... C'est tout à fait ce que je ressens, on est "en famille".


Viennent ensuite les figures les plus connues de ses oeuvres, Aline Charigot sa femme, et Gabrielle Renard, la nourrice de ses fils. Des portraits de femmes et d'enfants, des fleurs à profusion. Fraîcheur, tendresse, simplicité.
Pour prolonger l'ambiance bon enfant, un atelier est proposé à la fin de l'exposition, et chacun peut exprimer son talent grâce aux accessoires : ombrelle, fleurs, fruits, chapeau et même poisson !
Petite promenade autour de la cathédrale, et là.... Un sifflement répétitif, je lève la tête (évidemment !)... Vous ne le voyez pas sur la gargouille ? Rapprochez-vous, c'est un faucon crécerelle qui savait que j'allais passer là  Bien sûr je n'avais pas l'objectif adéquat (je vais rarement dans les musées avec mon objectif "animalier" !) mais on le reconnait bien tout de même. Enfin je crois !


Retour dans la vieille ville, où nul n'ignore que le Tour de France vient de passer par Troyes ! Pour en savoir plus sur Renoir, un livre délicieux écrit par son fils, le cinéaste Jean Renoir (La Grande Illusion, Le Caporal Epinglé avec le tout jeune Claude Rich). Merci Messieurs Renoir !



Pour en savoir plus sur l'exposition à Troyes, c'est
ici

Je suis ravie de retrouver ce blog, que je vais tenter de refaire vivre peu à peu ! J'y inclurai même des articles "anciens" et surtout des photos , entre janvier 2015 et maintenant, pour rattraper le temps perdu. A bientôt.

mardi 30 décembre 2014

Le temps du chagrin

Je ne peux laisser cette année se clore sans parler de lui ici, aux Cerisiers de l'Aube. J'y pense depuis plusieurs mois, sans avoir pu, jusqu'à ce jour écrire ces lignes.

Ce n'est que justice de lui faire une place, car Christian était le seul lecteur assidu de toute ma famille, même s'il n'est jamais intervenu dans les commentaires. Particulièrement intéressé par nos racines familiales, il ne manquait pas une occasion cependant de moquer mes "lubies", qu'il s'agisse de généalogie, de chats, de photos.... J'avais réuni quelques photos pour son anniversaire ici



Pour Noël 2013, soucieuse du temps qui passe pour nous tous et plus particulièrement (je le croyais) pour les anciens, j'avais insisté pour que nous nous retrouvions, tous les cinq, autour de notre mère, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. J'avais préparé à cette occasion un tableau des photos du "groupe des cinq", depuis la naissance du petit dernier en 1964.  Deux filles d'abord, trois garçons ensuite,  de caractères très  différents, presque aussi différents que leurs destinées... Qui ont eu l'intelligence pourtant, chaque fois qu'ils se sont retrouvés, de mettre de côté ces différences pour reformer la fratrie. J'étais fière de nous, du groupe que nous formions...



Il est des destins bien plus lourds que d'autres, on ne sait pourquoi le sort s'acharne parfois sur ceux qui ne l'ont pas mérité ... J'avais évoqué ici ce qui fut le drame principal de sa vie. Ce ne fut hélas pas le seul.




Après le temps de l'enfance, qui ne fut jamais celui de l'insouciance, après le temps de la maturité qui ne fut pas sans souffrance, voici venu le temps du chagrin.



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Christian était un gentil, dans un monde qui n’a d’estime que pour les loups.
Christian était un fragile dans un monde qui ne reconnait que les conquérants.
Il aimait Aragon et Prévert. Il pouvait regarder « Les Vieux de la Vieille » pendant des heures, citer les répliques d’Audiard pendant toute une soirée. Il avait un don pour la cuisine, trop nonchalant pour exploiter ce don. Il parlait souvent comme Bérurier, alors qu’il n’aimait lire que les poètes.

Trop de larmes contenues lui ont fait perdre le chemin. Ses larmes d’enfant, ses larmes de mari, ses larmes de père.
Trop de mains tendues qu’il n’a pas voulu prendre.
Trop de drames pour un seul homme,
Trop de malheurs pour un seul cœur.

Aujourd’hui je veux croire qu’il  existe quelque part un domaine plus serein, où tu as retrouvé ta fille Elsa, et où, enfin apaisé, tu nous attendras, préparant un saumon aux p ‘tits légumes, dégustant Aragon en écoutant Boby Lapointe.
Pardon Christian de n’avoir pas su t’aider davantage, pardon d’avoir renoncé.

On se retrouvera mon frère, dans les vers de Prévert, dans tes recettes de cuisine, dans les Tontons flingueurs et les airs de Boby Lapointe, on te retrouvera.
 Au revoir Christian.

Ecrit et dit pour Christian, à Saint Ouen l'Aumône, le 17 septembre 2014


dimanche 11 mai 2014

Baie des Brumes au Festival de Canes

Cette visite, je l'attendais depuis deux ans. Le Festival de l'Oiseau s'était déroulé sans moi l'an dernier, empêchée par des problèmes de santé. Alors cette année j'étais bien décidée à profiter de chaque minute,de chaque image... La météo, on le sait, n'a pas été clémente, et elle ne l'est toujours pas. C'est navrant pour les photos, ça ne l'est pas pour le plaisir qu'on prend à voir évoluer ces merveilles ailées.  Je ne sais d'où me vient cet amour des oiseaux, peut-être ai-je tout simplement le syndrome "Il est libre Max...." que certains ont vu voler, enfin c'est ce qu'on dit... Ou peut-être le syndrome Jonathan Livingston le goéland ("Exigez la liberté comme un droit, soyez ce que vous voulez être, découvrez ce que vous aimeriez faire et faites tout votre possible pour y parvenir"). Bref vous l'aurez compris, j'aime les oiseaux, j'aime les photographier, les voir évoluer, les entendre et peu à peu apprendre à les reconnaître.

La Baie de Somme,  qui accueille le festival de l'Oiseau  depuis 24 ans,  était couverte de brume quand je l'ai découverte. Les photos sont moins belles, mais elle est ainsi plus tranquille, les visiteurs préférant attendre quelque éclaircie ! Sur le parcours du Parc de Marquenterre, j 'entendrais souvent "Mais il n'y a rien, on ne voit pas les oiseaux".... Certains jours, il faut beaucoup de patience, et beaucoup de silence c'est vrai. Mais pour qui prend le temps, et ne parcourt pas les sentiers du parc au pas de charge, il y a beaucoup à voir, comme vous pouvez le constater !

Quelques Grandes Aigrettes, à la pêche puis en vol. En bas à droite, c'est un Héron Garde-boeufs, tout en haut de la héronnière. (Vous pouvez voir les photos en plus grand en cliquant dessus).


Sur la héronnière toujours, les Cigognes blanches au nid (depuis les cigogneaux sont nés),un Tadorne de Belon, ce gros canard à bec rouge qui fait son nid dans un terrier !, et un Héron prêt à s'envoler.


Je décerne la palme (!) du parent le plus attentionné au Foulque Macroule, qui nourrit cette petite horreur que la nature lui a donnée comme progéniture...  En haut à droite, une Gallinule poule d'eau. En bas à gauche, une troupe de Tadornes de Belon, tandis qu'au milieu se tient un Chevalier Aboyeur qui sera (il me semble) l'un des  rares limicoles que je verrai cette fois.



Sa majesté le Cygne Tuberculé, en son domaine du Crotoy. Tandis qu'en haut à droite, j'ai pu saisir un couple de Cygnes Chanteurs reconnaissables à leur gros bec jaune. Au milieu, la Grue cendrée du Parc de Marquenterre. Blessée, elle y reste toute l'année, pour le grand plaisir des visiteurs.


Il ne vous aura pas échappé que le printemps est la saison des amours, ce qui est très palpable au Parc et dans toute la baie ! C'est l'occasion de belles photos d'attitudes comme celle de ces Mouettes rieuses. Plus tard viendra la couvaison, ici celle de l'Avocette Elégante, en bas à gauche.  Mais l'une des photos dont je suis le plus fière, c'est celle qui est en haut à gauche : j'ai pu saisir le moment de la fraie des carpes, et dans toute cette agitation et l'eau qu'elles projettent, on aperçoit un oeil, exorbité ! Un grand merci à Philippe Carruette, le responsable pédagogique du Parc, qui me l'a fait remarquer. En effet tout au long du parcours, et dans chaque affût, ces cabanes aménagées pour qu'on puisse observer les oiseaux sans les déranger, des ornithologues et guides naturalistes nous orientent et nous font découvrir ce qu'on peine parfois à repérer soi-même.


Et puisqu'on parle d'amour, continuons avec cette jolie scène de séduction entre Avocettes Elégantes ! Tout commence tranquillement, puis après un simulacre de noyade, le fiancé très content de sa performance se met à marcher sur les eaux :-)  Je crois bien que j'ai résolu une énigme théologique !!


Quelques canards dont un curieux et un plongeur ...


Quelques vols de mouettes,  avocette, cigogne blanche, et même une Sterne (fond orangé)...


Quelques bavards...


D'autres espèces encore : un Grand Cormoran, la Sarcelle d'Hiver et sa "virgule" verte, et le Fuligule Morillon...


La Baie de Somme, c'est aussi la pêche à pied, les promenades en bateau dans la Baie au départ de Saint Valery sur Somme, et les chevaux, qui se laissent piétiner par un Héron Garde-Boeufs, qui se transforme pour l'occasion en héron garde-poney ! Tous les deux semblent s'en satisfaire. Et puis la Baie de Somme, c'est aussi les phoques. Et ce fut pour moi une petite déception photographique, parce qu'après 3 km de marche, on reste quand même très loin des phoques, et il faut beaucoup d'imagination pour voir dans la photo centrale, en bas, autre chose qu'un alignement de sacs poubelle  !




Si la pluie et la brume ont été très présentes, le soleil s'est montré tout de même, et ça tombait bien, c'était lorsque j'étais sur le bateau ... Place au festival "Impression soleil couchant" ;-)


Le jour de mon départ, il faisait froid, et il pleuvait vraiment beaucoup... Pas très gênant puisque j'avais prévu de terminer  par toutes les expos photos... Mais je ne pouvais partir du Crotoy sans aller faire une dernière visite au site de La Bassée (je crois !) le long de la route qui mène à Saint Firmin. Comme il pleuvait vraiment beaucoup, j'avais soigneusement rangé tout mon matériel photo.... Un premier passage les mains dans les poches, et je vois tout à coup un spectacle qui me fait revenir prestement à ma voiture et ressortir tout le nécessaire .... Le petit déjeuner de la Spatule Blanche ! Un petit regret cependant : obnubilée par cette spatule, et soucieuse aussi de mon matériel sous la pluie, je n'ai pas prêté attention au premier plan sur la dernière photo ! Et c'est rentrée chez moi que j'ai reconnu un Canard Souchet, au profil si particulier et au bec particulièrement long et large... mais il n'est pas net puisque ce n'est pas lui que je cherchais... Tant pis, j'y reviendrai !


J'ai vu beaucoup d'autres espèces lors de ces trois jours en Picardie. Pas les centaines de barges à queue noire que j'avais vues précédemment, ni les grands rassemblements de gravelots... Mais j'ai coché quelques autres espèces sur mon carnet ornitho, avec des photos qui ne sont pas assez belles pour que je les montre : vanneau huppé, Ouette d'Egypte, Huitrier pie, Mouette mélanocéphale... En revanche, je n'ai pas vu cette fois le merveilleux Eider, ni les bécasseaux.... Lors d'un prochain voyage, sûrement, ils seront là !


Afin de participer, de loin en loin, à la photo de la Semaine d'Amartia   voici le soleil se couchant sur la Baie de Somme.


dimanche 30 mars 2014

L'homme à la voiture rouge

Dans les années 60, sur les ondes de « Radio Luxembourg », « l’homme à la voiture rouge » passionnait les auditeurs.  Mon oncle Bernard, pour moi, c’était « l’homme à la voiture rouge ». Au volant de son Ondine toute neuve, je l’imaginais un peu aventurier, c'était pour moi le symbole de la liberté et de la modernité. En ce temps-là, il m'appelait "Souriceau", et de tous les surnoms qu'on m'a donnés, c'est le seul qui me plaisait ! Il parlait peu, mais il observait  beaucoup, et écoutait, toujours. Un regard, un clin d'oeil, on était sur la même longueur d'ondes, on se comprenait...





Des années auparavant, à la fin des années 20, Bernard était né à Troyes comme son frère Georges et ses sœurs Sylviane et Gilberte. 


Le sort a voulu que tous les 4 soient orphelins de mère très tôt, la science ne savait pas, à l’époque, soigner la tuberculose.  Les enfants furent séparés, les deux garçons confiés à l’orphelinat Audiffred, à Troyes, les deux filles, à peine quelques centaines de mètres plus loin, à l’orphelinat Saint-Martin-es-Aire. Ils se retrouvaient de loin en loin, à de rares occasions, ne voyaient leur père cheminot que trop rarement.




Sur ces  photos de colonie de vacances (publiées bien des années plus tard par l'Est Eclair), on ne rigolait pas avec la mixité ; pourtant en vacances sur la même plage, frères et soeurs étaient séparés : ma tante Sylviane, sur la photo du haut,est assise, recroquevillée,  jambes croisées en cinquième position. Ma mère, trop jeune, n'y figure pas.  Mes deux oncles sont comme les autres vêtus de maillots très seyants  : Bernard, très blond, est au deuxième rang devant le garçon qui croise les bras. On devine son frère Georges debout dans l'ombre, le troisième en partant de la droite.


 L’orphelinat Audiffred fut pour les deux garçons, Georges et Bernard, le théâtre permanent de leur rivalité fraternelle enthousiaste. Très sportifs tous les deux, c’était à celui qui grimperait le plus haut dans les sapins du parc, prenant tous les risques, terminant leur escalade par quelques saltos arrière, sous le nez des surveillants, prêts à subir les remontrances et les punitions, jusqu’à la prochaine provocation !



Si les frères et les sœurs se voyaient peu, leur attachement ne s’est jamais démenti. Les jeunes adultes qu’ils furent bientôt se sont toujours retrouvés avec plaisir.  Bernard à ce moment-là travaillait dans les fermes, autour de Troyes, puis dans l’Yonne : Courgenay, Cerisiers,  sont des villages qui ont ensuite laissé des traces indélébiles dans nos familles.... le nom de ce blog en témoigne :-) ! 




Comme mon oncle Jean dont je vous ai parlé ici, comme son frère Georges, Bernard faisait partie de cette génération d’hommes aux mains d’or, ces ouvriers de l’excellence qui avaient pour diplôme leur amour du travail bien fait, leur extrême habileté, et leur grande exigence personnelle. 

Lors d’un voyage de retour de Troyes vers Beton, je lui avais demandé de me montrer les châteaux d’eau sur lesquels il avait travaillé… Il les a tous nommés, ceux qu’on apercevait au loin sur la colline, ceux qui étaient derrière un vallon ou dans le village, derrière l’église, racontant les anecdotes qui lui étaient restées en mémoire.  Et regardez bien, celui qui nous salue du haut du clocher, celui qui est au bord de la nacelle, c'est Bernard très certainement !



 Le travail est resté la grande affaire de sa vie jusqu’à la fin, puisque dans sa chambre d’hôpital, il donnait des ordres pour qu’on refasse ce pan de mur qui n’était pas d’équerre, ou les finitions de maçonnerie qui n’étaient pas à son goût… Et il voulait qu’on lui apporte ses outils…

L’un des chantiers de construction l’amena un jour en Seine-et-Marne, et tout naturellement, il demanda à prendre pension dans l’hôtel de ce petit bourg… C’était Beton Bazoches, et c’était l’Hôtel du Progrès. 




Une autre histoire commença, une histoire de tendresse, une famille recomposée à l'heure où cette expression n'existait pas. Une histoire qui fit que Bernard, qui n'avait pas d'enfants, eut pourtant une petite-fille. Une histoire qui fit que tous dans le village  connaissaient Bernard, et tous l'appréciaient.  Pas plus que ses soeurs et son frère, il n'avait l'habitude de parler de son enfance. Il fut sans doute étonné de me voir plonger dans ces recherches généalogiques qui m'amenèrent aussi bien à trouver le dossier de placement  de son père abandonné à Langres, qu'à retrouver la mère de celui-ci et toute une lignée... jusqu'au XVIIe siècle ! On voit  ici l'intérêt que portaient les anciens à mes recherches :-) 


Et c'est ainsi qu'un jour, il sortit d'un tiroir une toute petite montre d'argent, qu'il me confia : c'était la montre de sa mère, morte si jeune. Un objet d'une valeur inestimable, parce qu'il ne reste que deux choses ayant appartenu à ma grand-mère, qui est à jamais une jeune femme, une jeune mère que ses enfants ont à peine connue : une paire de boucles d'oreilles dites "dormeuses", et cette montre d'argent. Et ces deux témoins sont chez moi désormais.  J'ai eu conscience ce jour-là d'être celle à qui on transmet. Qui, à son tour, un jour,  devra transmettre.





La montre s'est arrêtée pour Bernard il y a quelques jours, "le plus gentil des hommes" comme l'a dit sa petite fille Valérie.